Tu passes des heures à créer des bougies magnifiques, tu vends régulièrement, et pourtant… en fin de mois, tu regardes ton compte en banque et tu te demandes où est passé l’argent. Cette situation, beaucoup de créateurs la vivent. Et tu n’es pas seul·e.
Le problème ? Tu as probablement fixé tes prix « au feeling », en regardant ce que font les autres créateurs, en ayant peur d’être « trop cher·e ». Résultat : tu travailles… mais tu ne gagnes pas ta vie.
Fixer le prix de ses bougies est l’étape la plus délicate pour un créateur, car c’est elle qui détermine directement la rentabilité de son activité.
Aujourd’hui, on va poser les choses clairement. Fixer tes prix, ce n’est pas de la magie noire. C’est des maths simples. Et c’est ce qui fait la différence entre une passion coûteuse et une activité qui te permet vraiment de vivre de ton art.
L’erreur fatale des créateurs de bougies : fixer le prix de ses bougies prix au doigt mouillé
Laisse-moi deviner : tu as regardé les prix des autres créateurs sur Instagram ou Etsy, tu as fait une moyenne, et tu t’es dit « je vais me positionner à peu près là ». Peut-être même un peu moins cher, pour être sûr·e de vendre.
Le souci avec cette approche ? Tu ne connais pas leurs coûts. Tu ne sais pas s’ils achètent leur cire de soja en gros, s’ils fabriquent depuis chez eux ou s’ils louent un atelier, s’ils se payent ou pas. Tu compares des pommes avec des poires.
Et surtout, tu oublies une chose essentielle : ta rentabilité ne dépend pas du marché. Elle dépend de TES chiffres.
Si ton prix de revient est plus élevé que celui de ton concurrent (parce que tu utilises des fragrances de Grasse plutôt que des parfums synthétiques, par exemple), c’est normal que ton prix de vente soit plus élevé. Et c’est OK.
Les matières premières
Pour chaque bougie, note scrupuleusement :
La cire : Si tu achètes un sac de 10 kg à 45 € et que ta bougie contient 200 g de cire, ça te coûte 0,90 € de cire par bougie (45 € ÷ 10 000 g × 200 g).
Le parfum : Même logique. Une fragrance à 18 € pour 100 ml, dosée à 10 % dans une bougie de 200 g, ça fait 20 g de parfum, soit 3,60 € par bougie.
La mèche : Généralement entre 0,15 € et 0,40 € selon le type (bois, coton, ECO).
Le contenant : Pot en verre, céramique, aluminium… Note le prix exact, frais de port inclus si tu commandes en ligne.
Le packaging et l’étiquetage
L’étiquette CLP : Si tu utilises notre générateur d’étiquettes CLP, le coût dépend de ton imprimante (papier, encre). Compte environ 0,10 à 0,30 € par étiquette.
Le packaging : Boîte, papier de soie, sticker de fermeture, carte de remerciement… Tout compte.
L’emballage d’expédition : Si tu vends en ligne, le calage bulle, le carton, le scotch : c’est du coût de revient.
Les coûts invisibles (et pourtant bien réels)
L’électricité et le gaz : Faire fondre de la cire pendant des heures, ça consomme. Estime une moyenne mensuelle et divise par ton nombre de bougies fabriquées.
Les frais de port des matières premières : Quand tu commandes 10 kg de cire avec 12 € de frais de port, ça fait 1,20 € de frais par kilo. Intègre-les dans ton calcul.
Les ratés : Une mèche qui charbonne, un parfum qui ne rend pas, un pot qui se fissure… Compte une marge d’erreur de 5 à 10 %.
Exemple concret : Bougie de soja parfumée, 180 g, pot ambré
- Cire de soja : 0,81 €
- Parfum de Grasse (10 %) : 3,24 €
- Mèche en coton ECO : 0,25 €
- Pot ambré 200 ml : 1,80 €
- Couvercle en bois : 0,90 €
- Étiquette CLP : 0,20 €
- Emballage (boîte kraft) : 0,60 €
- Électricité et divers : 0,30 €
- Total COGS : 8,10 €
Étape 2 : Ne pas oublier ta main-d’œuvre (le temps, c’est de l’argent)
Voilà l’erreur que font TOUS les débutants : ils oublient de se payer.
Tu passes combien de temps sur une bougie ? Entre la préparation, la coulée, le nettoyage, l’étiquetage, l’emballage… comptons 15 minutes par bougie. C’est rapide, mais c’est ton temps.
Comment définir ton taux horaire ?
Tu n’es pas obligé·e de te payer 50 € de l’heure. Mais tu ne peux pas non plus travailler gratuitement. En France, le SMIC horaire brut tourne autour de 11,65 €. C’est ton minimum syndical.
Disons que tu te fixes un taux horaire de 15 € (ce qui reste modeste pour un·e artisan·e qualifié·e). 15 minutes de travail = 3,75 € de main-d’œuvre.
COGS + Main-d’œuvre = 8,10 € + 3,75 € = 11,85 €
C’est ton coût de revient total. En dessous de ça, tu perds de l’argent.
Étape 3 : Appliquer la formule magique pour dégager une marge
Maintenant que tu connais ton coût de revient (11,85 € dans notre exemple), on va appliquer la formule utilisée par tous les artisans et créateurs qui vivent réellement de leur activité.
Vente directe (B2C) vs Vente en gros (B2B/Revendeurs)
La règle du × 2 / × 2 (ou × 4 au total pour la vente directe)
Prix de gros (pour les revendeurs) = Coût de revient × 2
Dans notre exemple : 11,85 € × 2 = 23,70 € TTC (prix gros)
Prix de vente public (vente directe) = Prix de gros × 2
Dans notre exemple : 23,70 € × 2 = 47,40 € TTC (arrondi à 45 € ou 49 €)
« QUOI ?! 49 € pour une bougie de 180 g ?! »
Oui. Et voici pourquoi c’est normal.
La différence entre marge brute et bénéfice net
Quand tu vends ta bougie 49 €, tu ne mets pas 49 € dans ta poche. De cette somme, tu dois déduire :
- Tes charges fixes mensuelles : Assurance RC Pro (environ 15 €/mois), abonnement à ton site web (10-30 €/mois), logiciel de comptabilité, Canva Pro, frais bancaires…
- Tes cotisations sociales : En micro-entreprise, c’est environ 22 % de ton chiffre d’affaires qui part à l’URSSAF.
- Les frais de vente : Commission Etsy (6,5 %), frais PayPal ou Stripe (1,5-3 %), frais de publicité si tu en fais…
- Les imprévus : Un pot qui casse, un client mécontent à qui tu dois renvoyer une bougie…
Au final, sur tes 49 € de vente, il te reste environ 15 à 20 € de bénéfice net. C’est avec ça que tu vis.
C’est pour ça que la règle du × 4 existe. Elle te permet de couvrir tous tes frais ET de dégager un salaire.
Comment justifier un prix « premium » auprès de tes clients ?
« Oui mais les gens ne vont jamais payer 49 € pour une bougie… »
Faux. Les gens paient 80 € pour une bougie Diptyque. 60 € pour une Jo Malone. 45 € pour une bougie artisanale… si tu sais raconter ton histoire.
Le storytelling et la valeur perçue
Tes clients n’achètent pas « une bougie ». Ils achètent :
- Une expérience sensorielle : « Fragrance développée à Grasse, capitale mondiale du parfum »
- Un geste éco-responsable : « Cire de soja française, sans OGM, biodégradable »
- Un objet artisanal : « Coulée à la main dans mon atelier, chaque bougie est unique »
- Un moment pour soi : « L’odeur qui t’accompagne pendant ton bain du dimanche »
Sur ton site, sur tes réseaux, dans tes descriptions produit : raconte pourquoi ta bougie vaut ce prix. Explique ta démarche, montre ton atelier, parle de tes choix de matières premières.
Les gens qui cherchent du pas cher iront chez Action. Toi, tu vises les clients qui apprécient le fait-main et qui sont prêts à payer le juste prix pour un produit de qualité.
Conclusion : Ta pérennité dépend de tes chiffres
Fixer tes prix, ce n’est pas une question d’ego ou de culpabilité. C’est une question de survie de ton activité.
Si tu te sous-payes, tu vas finir épuisé·e, frustré·e, et tu vas arrêter. Et ce serait dommage, parce que le monde a besoin de créateurs et créatrices comme toi.
Alors oui, au début, ça peut faire peur de monter ses prix. Mais rappelle-toi : tu ne vends pas à tout le monde. Tu vends aux bonnes personnes.
Les personnes qui comprennent la valeur du travail artisanal. Celles qui lisent les étiquettes. Celles qui veulent soutenir les créateurs français. Celles-là paieront le juste prix. Et elles reviendront.
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